
Il m’a semblé primordial pour tenter de répondre à cette question ou tout au moins de lancer un certain nombre de pistes, de dresser dans un premier temps un état des lieux.
Il s’est agi notamment de rappeler les faits historiques qui ont jetté les bases du partage des richesses à l’échelle mondiale.
Avant toute chose, quelques chiffres suffisent à mettre en évidence l’ampleur de la tâche et dans une certaine mesure le coté dérisoire de tenter d’y apporter une réponse, le fossé est creusé : 83% des richesses sont détenus par 20% de la population mondiale.
Bretton woods : des bonnes intentions à la domination
A la fin de la deuxième guerre mondiale, la désorganisation monétaire, les grandes crises des années 1930 et les désastres causés par la guerre ont rendu nécessaire la mise en place d’une nouvelle organisation matérialisée par les accords de Bretton Woods signés en juillet 1944 et qui marquèrent la victoire du projet américain présenté par WHITE au détriment des propositions de l’illustre KEYNES.
Ils aboutirent à la mise en place du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque Mondiale.
Ces deux organismes institutionnels qui ont survécu à l’effondrement de ces mêmes accords en 1972 lorsque NIXON mis fin à la convertibilité du dollar en or, jouent aujourd’hui un role prépondérant dans le partage des richesses économiques à l’échelle mondiale et marquent profonfément les relations entre le nord et le sud, entre Pays uindustrialisés et pays en voie de développement.
Leur vocation à l’origine fut de soutenir la reconstruction europèenne au lendemain de la guerre, de promouvoir la coopération monétaire internationel, de faciliter le développement et la croissance équilibrée des échanges commerciaux internationaux.
De ce role honorable de reconstruction et de développement équilibré, le FMI et la Banque Mondiale sont devenus rapidement les instruments de l’orthodoxie ultra-libérale monétariste, imposant à terme des projets de développemnt désastreux dans certains pays dit en voie de développement et travaillant aux seuls intérêts économiques des pays industrialisés.
Ces faits ne sont sans doute pas éloignés du mode de fonctionnement et des modalités de décision de ces institutions :
- 48% du pouvoir de vote du FMI est en effet détenu par 8 pays que sont les USA, le Japon, l’Allemagne, la France, le Royaume uni, l’Arabie Saoudite, la Chine et la Russie,
- par us et coutume les nations européennes font le choix du directeur du FMI tandis que les USA choisissent celui de la Banque Mondiale.
Dans le même ordre d’idée, l’économiste Joseph STIGLITZ fait remarquer dans son entretien accordé au Figaro le 09 août 2002 que tandis que le FMI demande aux pays du sud dits pauvres d’ouvrir leurs frontières pour favoriser le commerce international et d’abolir les subventions, les pays du nord continuent d’interdire l’entrée des produits en provenance du sud et maintiennent des subventions pour protéger certains de leurs marchés.
Loin de réduire la pauvreté dans les pays en voie de développenemt, les écarts continuent de se creuser.
Les derniers exemples de crise comme en Argentine ont mis une fois de plus en évidence pour les populations, les dégats causés par la rigidité ultra-libérale du FMI et de la Banque Mondiale qui fait abstraction des particularismes socio-économiques locaux.
Pour achever le décor, les accords de BRETTON WOODS et les institutions qui en découlèrent ont permis aux nations les plus riches le contrôle et la maîtrise des ressources énergétiques et minérales détenues par les pays du tiers monde.
Dans ces conditions que convient-il de faire ou de proposer ?
Du moins s’il en est encore temps, tant-il est évident que cette question a été posée aujourd’hui alors que les réponses sont attendue depuis la veille par la communauté mondiale du moins celle motivée par des valeurs humaines et une éthique politique où domine l’intérêt général !!!
A vrai dire, la question du partage des richesses est au centre du débat mondial. Il suffit pour cela de se reporter aux nombreux mouvements associatifs, sans que nous portions à ce sujet le moindre jugement de valeur, qui se sont illustrés notamment en proposant au forum de DAVOS un contre forum de PORTO ALLEGRE.
Il s’agit davantage pour ne pas être à la traine et d’être de nouveau une force de proposition efficiente, de réfléchir à rénover les régles du partage des richesses à l’échelle mondiale qui prévalent aujourd’hui.
Penser et fonctionner autrement, une réforme en profondeur du FMI et de la Banque Mondiale:
Il est primordial de rapprocher les centres de décisions que sont le FMI et la Banque mondiale des pays concernés par les mesures que ces institutions entendent faire appliquer. Les projets de développement ou de sauvetage doivent être pris en parfaite connaissance des particularismes économiques, sociaux et culturels.
Il n’existe pas de solution unique et miraculeuse, un projet ne vaut que s’il est partagé par tous. Il doit donc être le fruit d’une parfaite concertation avec les acteurs « locaux ». Comme l’affirme, Joseph STIGLITZ, il est inpensable que « pour toutes les missions du FMI concernant des pays en voie de développement, rien n’oblige les gens à la tête de l’organisation à avoir la moindre expérience préalable de ces pays ».
De manière plus pragmatique, que penseriez vous d’un banquier qui accepte de vous prêter de l’argent pour faire l’acquisition d’un véhicule mais qui vous impose la marque, le modèle, le type de voiture sans vous demander l’utilisation que vous souhaitez en faire ?
[Par exemple une 206 cabriolet pour circuler en brousse alors que le 4 x 4 vous semblait plus approprié !!!]
Pour appuyer ces réflexions, il convient de rappeler au sujet de la crise économique traversée par l’Asie, que ce sont les pays qui n’ont pas appliqué les conseils du FMI qui s’en sortent le mieux comme la Chine (sans autres considérations), la Malaisie contrairement à la Corée, l’Indonésie et la Thaîlande. Les effets des programmes d’aides du FMI mis en place pour ces derniers se sont avérés catastrophiques. Après les avoir engagé dans des programmes de vastes dépenses, le FMI leur demande à présent de pratiquer l’austérité budgétaire et toutes ses conséquences.
Nous retrouvons les mêmes phénomènes en Amérique du sud avec la situation critique que traverse l’Argentine.
Un deuxième axe de réforme consisterait à responsabiliser les décideurs économiques du FMI et de la Banque Mondiale en mettant en place un système de sanction et davantage de transparence quant à la prise des décisions et leur évaluation, les gouverneurs de ces institutions et les équipes qu’ils dirigent ne peuvent être de la caste des « intouchables ».
Dans le même ordre d’idée, il conviendrait de modifier en profondeur les critères d’évaluation des programmes mis en œuvre. Aujour’hui, prévalent les notions de taux de croissance, d’équilibres budégtaires, d’inflation qui amènent, de manière plus générale, à une appréciation exclusivement basée sur des critéres d’ordre monétaire.
Il est grand temps d’avoir une vision plus globale pour apprécier l’efficience des politiques du FMI en introduisant des considérations sociales, des mesures d ‘impact sur la pauvreté, sur le chômage…
A titre d’illustration de ces propos et de simple exemple, un récent rapport des Nations Unies (2001) portant sur le développement humain dans 17 pays fortement industrialisés, a apporté quelques chiffes complémentaires à l'analyse trop restrictives des seuls taux de croissance comme gage de réussite économique : 19.1% de la population américaine vit au-dessous du seuil de pauvreté monétaire, ce qui constitue le plus fort taux observé de l'étude, vient ensuite la Grande-Bretagne avec 13.5% contre seulement 7.5% en France.
Toutes ces données pour signifier que le plus important n'est pas l'apparence, le niveau de croissance économique mais bien le fond c'est à dire la manière dont elle est répartie entre les différentes composantes de la société.
Le troisième axe repose sur une démocratisation du fonctionnement du FMI et de la Banque Mondiale. Le déséquilibre du pouvoir est trop manifeste au sein de ces institutions, le simple fait d’adhérer via une démarche volontaire au FMI, ne confère pas un droit de vote à part entière et égalitaire, celui-ci étant lié à la puissance économique des pays membres. Les USA possédent à eux seuls 17% du pouvoir de vote, l’Allemagne 6%, le Royaume Uni 5%.
Le rapport des Nations Unies sur le développement humain dans son édition 2002 précise à ce sujet : « Aujourd’hui le FMI et la Banque Mondiale ne prêtent qu’aux pays émergents et en voie de développement. De plus, leurs prêts sont soumis à des conditions qui affectent de plus en plus les politiques locales des Etats. Il en résulte que les pays créanciers jouissent d’un pouvoir de décision accru et qu’ils utilisent pour durcir leurs exigences sur les pays endettés, ces derniers subissant des conditions imposées par l’extérieur et hors de leur contrôle. ».
Il est donc primordial d’établir un partage plus équitable du pouvoir de décision en attribuant aux pays emprunteurs davantage de poids et/ou de marge de manœuvre dans l’élaboration des actions qui les concernent directement.
Il est à espérer que l’avénement d’une Europe politique puisse y contribuer. Cela ne pourra se faire qu’à condition de se donner comme objectif d’être notamment un véritable contre pouvoir et une force modératrice au sein des nations développées dans les débats mondiaux : un fabuleux destin en soi !!!
En conclusion, il apparaît une certaine similitude entre les attentes des citoyens dans la pratique de la politique dans nos démocraties modernes et celles qui sont susceptibles de réformer et modifier les règles du partage des richesses à l’échelle mondiale : proximité des centres de décisions, responsabilisation des décideurs, évaluation continue et efficiente des politiques, renforcement des formes d’expression démocratiques.
Emmanuel MEYZA
[04/02/2003]
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