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Vendredi 7 mars 2008
A l’heure où le gouvernement annonce que l'année 2007 s'est terminée sur un fort recul du taux de chômage (7,58% soit le plus bas depuis 1983), je vous propose le résumé d’un essai que j’ai écrit entre juin 1994 et août 199 et qui a été publié aux éditions Manuscrit.com en février 2007 sous le titre de « La spirale dépressionnaire »
 
Cet essai montre que la problématique mise en évidence à partir d’une analyse du marché du travail des années 1990,ets profonde et ne peut être résolu, de manière illusoire comme le propose Nicolas Sarkozy, en alimentant une cohorte de travailleurs pauvres à l’instar du modèle américain.
 
En effet et le comme le précise Thibault MERCIER sur « Place de la République » :
 
« En observant les chiffres de l'INSEE , on s'aperçoit d'un phénomène : le taux de personnes en sous-emploi plafonne malgré tout à 5,6% des personnes ayant un emploi - 1,4 millions de personnes à temps partiel souhaitant un temps complet -. En d'autres termes, cela signifie que de nombreux emplois créés sont des emplois à temps partiels.
L'emploi même à temps partiel permet une résinsertion professionnelle des chômeurs, et c'est un bon point. Cependant, la hausse du prix des biens de consommations de base et la modération des salaires fait qu'il est extrêmement difficile pour de nombreux habitants de se loger et de vivre dans des conditions décentes. Un temps partiel ne permet absolument pas en 2008 de vivre correctement : on assiste à un développement des classes de "travailleurs pauvres".
 
Le chômage baisse de façon structurelle en France par un simple déplacement de la pyramide des âges vers le haut. Le gouvernement instrumentalise également une évolution structurelle de la démographie française. »
 
 
 
La sprirale dépressionnaire
Crise de la valeur travail et diagnostic du marché de l'emploi
 
 
Les constats :
Pendant longtemps, les différentes révolutions économiques qui se sont déroulées ont détruits des emplois mais ces pertes étaient compensées par le développement successif d'industries lourdes nécessitant une main d'oeuvre importante et génératrices d'emplois nouveaux.
 
La révolution « micro-électronique » et notamment ses applications dans le secteur tertiaire est venue inverser cette tendance.
 
Les modifications du système productif résultant de l'évolution de la nature du progrès technique devenu incapable de générer des emplois nouveaux compensateurs de ceux détruits, ont rendu caduque la notion traditionnelle du travail.
 
En effet, elles ont conduit à générer un excédent de main d'oeuvre ,en d'autres termes, un surplus de travailleurs voués à l'inactivité ou quasi-inactivité qui vient s’ajouter aux formes communes du chômage qui résulte de phénomènes économiques directs..
 
La situation du marché de l'emploi ne résulte donc pas de phénomènes purement économiques mais a pour fondement principal une inadéquation entre valeur travail et système productif.
 
Notre société moderne s'est érigée autour d'une notion du travail à but économique comme activité dominante de la vie de l'individu. Le travail est perçu comme un devoir moral, une obligation et le moyen de s'affirmer vis à vis de soi même et des autres. N'est utile que celui qui travaille. Plus nous travaillons, plus nous contribuons à l'intérêt général. Une masse croissante d'individus, de jour en jour plus exclus, ne peut plus se reconnaître dans ces valeurs.
 
Cette crise de la valeur travail en affectant le système économique dans son ensemble entraînera et entraîne déjà une véritable crise économique par une série de mécanismes que nous avons qualifié de « menace de la spirale dépressionnaire ».
 
 
Le principe de la spirale dépressionnaire :
 
L'excédent de main d'oeuvre généré par la recherche constante de productivité et par la révolution micro-électronique pèse de manière croissante sur notre société et l'affaiblit progressivement : des cotisations sociales qui ne sont plus versées, des caisses de retraite confrontées aux mêmes difficultés, accroissement des indemnités de "chômage" , la non consommation entraînée par des pertes de ressources des demandeurs d'emploi...
 
Ces effets s'auto entretiennent et s'auto amplifient suivant des séquences et des mécanismes bien définis.
 
En effet l'accumulation des non-consommations provoque à terme une baisse significative de la production suivant les mécanismes de la demande effective, et nous entraîne dans une phase de récession.
 
Les effets sur le marché de l'emploi ne tardent pas à se manifester, la main d'oeuvre nécessaire pour réaliser ces productions fixées à des niveaux plus faibles, diminue progressivement : suppression des heures supplémentaires puis non renouvellement des contrats à durée déterminée et enfin licenciements massifs donnant naissance à un chômage aux origines purement économiques.
 
Chaque vague nouvelle de demandeurs d'emploi vient renforcer de manière croissante la pression qui pèse sur notre société par un effet de retour : les effets causés sont identiques à ceux causés initialement par l'excédent de main d’œuvre mais de plus en plus puissants.
 

Spirale-copie-2.JPG

 Vers la voie de la raison :
La crise n'est pas véritablement économique mais a des fondements sociologiques. la société avec la modification du système général de production a changé et les raisonnements traditionnels qui ont prévalu en matière de politique en faveur de l'emploi ne sont pas adaptés à cette situation.
 
L'emploi au sens commun ne constitue plus un centre pertinent de réflexion, cette notion étant étroitement liée à un concept de la valeur travail en crise.
 
Au regard des statistiques récente de l'emploi, la France est l’un des pays le plus touché parmi les pays du G7, avec un taux de chômage de 12,4% en 1994.
Ce constat a sans aucun doute comme principal fondement les caractéristiques structurelles du marché du travail dans notre pays. On observe en effet une forte prédominance de l'emploi dit salarié : 92% en 1992.
 
L’emploi est mort, vive l’activité
Le développement de la notion d'activité, rendu possible par une diversification de la demande, constitue une première piste de travail. L'évolution des attentes des consommateurs a en effet créé une place prépondérante pour de petites productions de biens et de services dont la rentabilité repose sur le progrès technologique et non plus sur une production standardisée de masse.
 
Dans une approche plus modérée, cette notion d'activité reste prépondérante. Il apparaît en effet évident que l'on ne doit pas , pour résoudre le dysfonctionnement du marché du travail, créé des emplois pour la seule finalité de créer des emplois comme on nous le propose trop souvent. C'est bien la création d'activités reconnues par le marché en terme de demande qui générera des emplois.En cela, la proposition de François BAYROU de permettre aux entreprises de créer deux emplois nouveaux, en CDI, sans charges sociales pendant 5 ans, se différenciaient fondamentalement des CES et emplois jeunes.
 
Cependant, La politique d'incitation à la création d'activité est toujours restée le "parent pauvre" de la politique de l'emploi menée depuis 1973.
 
Un créateur potentiel d'activité doit aujourd'hui surmonter de nombreux obstacles dissuasifs pour concrétiser son projet :
-          Il doit faire face à un système juridique complexe tant au niveau des formalités à remplir que du choix de la forme juridique la plus pertinente à adopter.
-          Le système social n'offre pratiquement aucun avantage aux travailleurs indépendants contrairement aux salariés.
-          La création d'une activité a un coût non négligeable (frais d'inscription au registre du commerce, cotisations URSSAF, rédaction et dépôt des statuts...) de telle sorte que le créateur est écrasé de charges avant même d'avoir signé le moindre contrat ou de générer le premier franc de chiffre d'affaires.
-          Il est difficile, plus particulièrement pour un "demandeur d'emploi", de convaincre les décideurs financiers.
 
Le développement de la notion d'activité passera donc par la libération du système juridique et social et son adaptation aux mutations de la société.
 
Il est également primordial de développer au cours de leur cursus de formation initiale une autre culture du travail basée sur la notion de création d'activité et qui ne repose plus essentiellement sur le monopole de l'emploi salarié.
 
Travailler moins pour travailler tous
Au niveau de l’emploi salarié, on observe en France et dans la totalité des nations occidentales une tendance à la réduction du temps de travail. Le temps de travail est passé en Europe de 85 heures en 1850 à 39 heures en 1995 soit une réduction en 140 ans de plus de 50%.
 
La réduction du temps de travail constitue un deuxième axe majeur de réflexion qui mérite, au même titre que le développement de la notion d'activité, d'être développé. L'un n'ira pas sans l'autre. Le principal challenge en ce domaine repose sur une réflexion des conditions du partage du travail offrant des conditions acceptables pour toutes les parties (salariés, entrepreneurs).
 
D’une politique d’incitation à la réduction du temps de travail initié en 1993 par Gilles DE ROBIEN, nous sommes malheureusement passées à une politique autoritaire de réduction du temps de travail avec Martine AUBRY,resssenti comme un diktat par un trop grand nombre d’entreprises.
 
Comme je l’indiquait en 1997 : «  La réduction du temps de travail ne pourra être généralisée à toute l’économie, elle doit être impulsée sous l’égide de l’Etat branche par branche et résulter d’accord collectif. L’état doit intervenir comme animateur mais en aucun cas imposer une série de mesures non négociées. Au même titre que le développement local, le principal gage de réussite de telles mesures repose sur l’initiative et la volonté locale, les partenaires sociaux doivent impérativement s’approprier le projet. ».
 
Aujourd’hui… En prolongement et en guise de conclusions à cette étude sur le marché du travail, dans les années 1990 :
Ces deux voies sont conciliables et complémentaires… Il n’y a que certains politiques arrimés, contre vents et marées à leurs dogmes, qui pensent le contraire. Aux uns les 35 heures, aux autres la relance de l’activité alors qu’il existe la voie du milieu…, celle de la raison car elle est le fruit du dialogue et de l’écoute active.
 
Emmanuel MEYZA
Editions Le Manuscrit.com
 
 
 
 
 
 
 
 
par Emmanuel MEYZA publié dans : National
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