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Témoignages

Mercredi 9 mai 2007 3 09 /05 /2007 18:59
Dans le cadre des commémorations de l'abolition de l'esclavage du 10/05/2007, je vous propose ce travail effectué en 2005 et qui raconte l'histoire d'hommes qui inventèrent la liberté.

Ils inventèrent la liberté

Traite des noirs et indépendance haïtienne
« les hommes naissent libres et égaux en droit ».
 
A condition d’être blancs, auraient pu ajouté les millions d’africains déportés entre le VIIème et le XIXème siècle.
 
C’est en effet dès le VIIème siécle, que les musulmans pratiquent la traite afin d’alimenter les besoins en esclave des régions transsahariennes d’Afrique du Nord et du Moyen Orient et enfin de ceux de la péninsule arabique. Cette traite visait principalement à satisfaire des besoins domestiques et sexuelles. Il est à noter que les pays musulmans asservissaient de manière indifférente des blancs ou des noirs.
 
Ce sont cependant les nations européennes à partir du XVIème siècle qui confèrent à la traite des noirs une autre dimension. Une nouvelle organisation visant à assurer la productivité de toute une économie est mise en place. Elle repose sur un système de commerce horriblement rationalisé d’êtres humains exclusivement noirs à destination des Amériques et des Antilles.
  
Le triangle de l’horreur était né.
On estime entre 15 et 20 millions les africains déportés outre Atlantique.
  
A cela, il convient d’ajouter les victimes des razzias sauvages des chasseurs d’esclaves dans les villages, victimes de la faim, des mauvais traitements, des suicides et des mutineries. Certains historiens estiment en effet que la déportation effective d’un africain conduisait à la mort de cinq autres individus.
 
Cela porterait donc à 75 ou 100 millions, les victimes de ce commerce pratiqué par les nations de la vieille Europe entre le XVIe et le XIXe siècle.
 
Les besoins en main d’œuvre des colonies d’Amérique du Sud et des Caraïbes appelés également Indes Occidentales où se développent les grandes plantations notamment de canne à sucre s’accroissent avec la disparition progressive des améradiens décimés par les travaux forcés imposés par le colons. A titre d’exemple, la population indienne peuplant l’île d’Hispaniola aujourd’hui Haïti et la république Dominicaine, passa de 300 000 individus en 1492 à    60 000 en 1508 puis 14 000 en 1514.
 
 
Le premier côté du triangle :
Les navires négriers quittent les grands ports de France, de Grande Bretagne, du Portugal, de Hollande ou du Danemark, les cales chargés de « pacotilles » à destination des côtes africaines. Contrairement aux principales idées reçues, les pacotilles telles ciseaux, cadenas et miroiterie ne représentent qu’une faible part des cargaisons. On y trouve de manière plus générale des cotonnades délicatement imprimées mais également des armes à feu, de la poudre, des munitions et des armes blanches. Mais tout cela reste quoi qu’on en dise des babioles au regard du devenir d’une être humain !
 
Il s’agit de répondre en quantité, qualité et diversité au goût des négriers en échange de captifs africains.
 
 
Le deuxième côté du triangle :
Les captifs sont transportés par-delà l’océan dans des conditions les plus inhumaines qui puissent être.
 
Après avoir été déracinés, examinés, palpés, marqués au fer, ils sont embarqués, nus, comme du bétail dans l’univers concentrationnaire d’une prison flottante.
 
Entassés dans l’entrepont du navire, les conditions de vie des captifs sont insupportables. Vomissures et déjections vont et viennent au gré de l’eau de l’océan qui s’engouffrent par les écoutilles. La dysenterie, les affections pulmonaires, le scorbut viennent s’ajouter aux carences alimentaires et au manque d’hygiène. Le taux de mortalité est de l’ordre de 10 à 20%.
 
 
Le troisième côté du triangle :
Arrivés à bon port, les déportés passaient du statut de captifs à celui d’esclaves, des conditions tout aussi inhumaines… Vendus aux colons, ils rejoignent les plantations pour s’y user à la tache, souffrir de carence alimentaire, victime d’épidémies... L’esclave est facile à remplacer, on ne porte donc guère attention à ses conditions de vie. Leur espérance de vie n’excède pas cinq à six ans après leur arrivée.
 
Les navires négriers retrouvent à nouveau leur vocation de négoce en repartant les cales pleines de précieuses denrées locales obtenus en échange des captifs. Coton, tabac, sucre seront revendus en Europe, profit sonnant.
 
Une traite que l’on dit légitime :
Les gouvernants de la vielle Europe trouvent sans peine de profondes motivations à la pratique de la traite des noirs.
 
Ils la légitimisent à deux niveaux.
 
D’un point de vue économique, tout d’abord. Il s’agit de faire prospérer les colonies et leurs nations mères par excellence. Les grandes plantations nécessitent une main d’œuvre massive et servile à souhait. La traite des noirs et l’esclavage sont des moyens peu coûteux pour exploiter ces terres.
 
D’un point de vue humain, ensuite, la traite négrière contribue à sortir le « nègre » de l’ignorance et de la barbarie de sa condition d’indigène. Il s’agit d’apporter la civilisation et la religion à des sauvages pour leur simple bonheur. C’est ici l’affirmation du sentiment de supériorité des nations occidentales à l’égard de civilisations différentes, en un mot du racisme dans sa plus horrible expression.
 
Négriers et planteurs enseignent aux noirs le rejet total de leurs valeurs ancestrales et en imposent de nouvelles étrangères à leur culture, falsifient leur origine pour en faire des être inférieurs.
 
Le captif devenu esclave doit être persuadé du bien fondé de sa captivité et de sa souffrance.
 
 
Déséquilibre démographique, fertilité de la révolte :
La traite pratiquée à outrance finit par créer des situations explosives. C’est le cas de l’île d’Hispaniola également appelée Saint-Domingue.
 
Colonisés tardivement, cette île acquière le surnom de « perle des Antilles » en représentant plus de un tiers du commerce extérieur français et en approvisionnant la moitié de l’Europe en produits tropicaux : sucre, café, coton et indigo.
 
En 1789, Saint-Domingue compte 452 000 esclaves pour 40 000 blancs colons. Par comparaison, la Guadeloupe comptait un peu plus de 85 327 esclaves en 1779, la Martinique 71 268 en 1776, l’île de Cuba 50 340 en 1787.
 
La seule situation comparable à Saint-Domingue se retrouve en Jamaïque avec 256 000 esclaves en 1787.
 
Ce déséquilibre démographique accentuée à l’extrême crée un terreau fertile aux révoltes d’esclaves.
 
Ils inventèrent la liberté :
A Saint-Domingue, les esclaves opprimés se révoltent régulièrement au cours du XVIIIème siècle. les idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité véhiculés par la révolution française de 1789, vont venir donner une nouvelle dimension à ces mouvements : « les hommes naissent libre et égaux en droit ».
 
Dans la nuit du 14 au 15 août 1791,Boukman, leader anti-esclavagiste, organise à Bwa Kayiman [Bois Caïman] une cérémonie Vaudou au cours de laquelle les esclaves participants jurent, unis, de « Vivres libres ou de mourir ».
 
Pour Boukman, l’heure de l’émancipation est venue : « Chassez le symbole du bien des blancs qui nous ont tant fait gémir, et écoutez la voix de la liberté qui parle dans nos cœurs à tous ».
 
Dans la nuit du 22 au 23 août 1791, l’insurrection générale est déclenchée. Les esclaves prennent les armes. L’insurrection devient rapidement un mouvement de libération et de lutte pour l’indépendance lorsque le talentueux Général Toussaint-Louverture prend la direction des opérations. L’île devient un vaste champs de bataille où s’affrontèrent les cohortes d’esclaves devenues une armée noire et les armées des planteurs et de mulâtres.
 
Le 29 août 1793, le Commissaire de la République à Saint-Domingue, Sonthonax, proclame la liberté des esclaves. L’abolition de l’esclavage est confirmée et étendue à toutes les colonies françaises par le décret de la convention en date du 02 février 1794.
 
Le combat reprend sous le directoire avec la menace du rétablissement de l’esclavage. Un corps expéditionnaire est envoyé par Napoléon Bonaparte en 1802 et reprend possession de l’île. Toussaint-Louverture est arrêté et exilé en France où il finira ses jours emprisonné au Fort de Joux dans le Jura.
 
Ses deux seconds, Jean-Jacques Dessalines et Henri Christophe prennent la tête de la nouvelle insurrection. Ils triomphent de l’armée française et proclament le 1er janvier 1804 aux Gonaïves la première République noire indépendante du monde au nom de « Liberté, Egalité, Fraternité ».
 
Saint Domingue retrouve le nom que lui avait donné les indiens Arawaks, premiers habitants de l’île : Ayiti [Haïti].
 
Le combat victorieux des esclaves de Saint-Domingue devient un espoir et une référence pour les peuples des caraïbes et d’Amérique latine : Ils ont inventé la liberté.
 
Contre l’oubli, le droit de mémoire :
Entre 15 et 20 millions de déportés effectifs pour la seule traite transatlantique du XVIe au XIXe siécle…
 
Sans doute 12 millions pour la traite transsaharienne menée par les arabes du VIIe au XIXe siécle…
 
Savez-vous qu’il faudra attendre le mois de Mai 2001 pour qu’en France, une loi reconnaisse l’esclavage et la traite négrière comme un crime contre l’humanité, soit plus de 180 années après l’interdiction de la traite négrière en 1815 et plus de 150 ans après l’abolition de l’esclavage sous l’impulsion de Victor Schoelcher en 1848.
 
Cette même loi prévoit que les livres scolaires devront accorder à l’esclavage et la traite négrière la place conséquente qu’ils méritent. Elle préconise également la fixation par décret d’une date en France métropolitaine pour la commémoration de l’abolition de l’esclavage.
 
En septembre 2001 à DURBAN en Afrique du Sud, la conférence mondiale des Nations Unies contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée, reconnaît à son tour l’esclavage et la traite des noirs comme crime contre l’humanité.
 
Saviez-vous que l’année 2004 avait été proclamée par l’ONU et l’UNESCO, année internationale de commémoration de la lutte contre l’esclavage et de son abolition ?
 
A cette occasion, Koïchiro Matsuura, Directeur Général de l’UNESCO, écrivait : « Institutionnaliser la mémoire, empêcher l’oubli, rappeler le souvenir d’une tragédie longtemps occultée ou méconnue et lui restituer la place qui doit être la sienne dans la conscience des hommes, c’est en effet répondre à notre devoir de mémoire »
 
Force est de constater que notre sortie de l’oubli est tardive et que les anciennes nations négrières satisfont depuis peu et bien timidement à leur devoir de mémoire face à ce qui fut l’unes des plus tragiques pages de l’histoire de l’humanité.
 
L’enjeu n’en est pas des moindres comme le précise Koïchiro Matsuura : « Universaliser la prise de conscience de la tragédie de la traite négrière et de l’esclavage est donc une exigence qui concerne non seulement le passé, mais aussi le présent et l’avenir. Son importance pédagogique, éthique et civique peut être considérable si nous savons lui accorder une juste attention ».
 
A chacun de nous d’apporter une contribution à cette œuvre.
Emmanuel MEYZA
Par Emmanuel MEYZA - Publié dans : Témoignages
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Samedi 8 septembre 2007 6 08 /09 /2007 10:54
Alors que Dominique Strauss Kahn semble être le candidat favori en vue d’occuper le poste de Directeur du Fonds Monétaire Internationale (FMI) et qu’il se dit favorable à une réforme visant à donner plus de poids aux pays émergent, je vous propose cet essai écrit le 04/02/2003 qui abordait notamment ce sujet.
 
04/02/2003 : Comment remettre le partage des richesses au centre du débat mondial ?
 
Avant de lancer un certain nombre de pistes, il m’a semblé primordial  de dresser un état des lieux, de rappeler les faits historiques qui ont jeté les bases du partage des richesses à l’échelle mondiale au lendemain de la 2nd guerre mondiale.
 
Avant toute chose, quelques chiffres suffisent à mettre en évidence l’ampleur de la tâche et dans une certaine mesure le coté dérisoire de tenter d’y apporter une réponse, le fossé est creusé : 83% des richesses sont détenus par 20% de la population mondiale.
 
Bretton woods : des bonnes intentions à la domination
 
A la fin de la deuxième guerre mondiale, la désorganisation monétaire, les grandes crises des années 1930 et les désastres causés par la guerre ont rendu nécessaire la mise en place d’une nouvelle organisation matérialisée par les accords de Bretton Woods signés en juillet 1944 et qui marquèrent la victoire du projet américain présenté par WHITE au détriment des propositions de l’illustre KEYNES.
 
Ils aboutirent à la mise en place du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque Mondiale.
 
Ces deux organismes institutionnels qui ont survécu à l’effondrement de ces mêmes accords en 1972 lorsque NIXON mis fin à la convertibilité du dollar en or, jouent aujourd’hui un rôle prépondérant dans le partage des richesses économiques à l’échelle mondiale et marquent profondément les relations entre le nord et le sud, entre pays industrialisés et pays en voie de développement.
 
Leur vocation à l’origine fut de soutenir la reconstruction européenne au lendemain de la guerre, de promouvoir la coopération monétaire international, de faciliter le développement et la croissance équilibrée des échanges commerciaux internationaux.
 
De ce rôle honorable de reconstruction et de développement équilibré, le FMI et la Banque Mondiale sont devenus rapidement les instruments de l’orthodoxie ultra-libérale monétariste, imposant à terme des projets de développement désastreux dans certains pays dit en voie de développement et travaillant aux seuls intérêts économiques des pays industrialisés.
 
Ces faits ne sont sans doute pas éloignés du mode de fonctionnement et des modalités de décision de ces institutions :
·         48% du pouvoir de vote du FMI est en effet détenu par 8 pays que sont les USA, le Japon, l’Allemagne, la France, le Royaume uni, l’Arabie Saoudite, la Chine et la Russie,
·         par us et coutume les nations européennes font le choix du directeur du FMI tandis que les USA choisissent celui de la Banque Mondiale.
 
Dans le même ordre d’idée, l’économiste Joseph STIGLITZ fait remarquer dans son entretien accordé au Figaro le 09 août 2002 que tandis que le FMI demande aux pays du sud dits pauvres d’ouvrir leurs frontières pour favoriser le commerce international et d’abolir les subventions, les pays du nord continuent d’interdire l’entrée des produits en provenance du sud et maintiennent des subventions pour protéger certains de leurs marchés.
 
Loin de réduire la pauvreté dans les pays en voie de développement, les écarts continuent de se creuser.
 
Les derniers exemples de crise comme en Argentine ont mis une fois de plus en évidence pour les populations, les dégâts causés par la rigidité ultra-libérale du FMI et de la Banque Mondiale qui fait abstraction des particularismes socio-économiques locaux.
 
Pour achever le décor, les accords de BRETTON WOODS et les institutions qui en découlèrent ont permis aux nations les plus riches le contrôle et la maîtrise des ressources énergétiques et minérales détenues par les pays du tiers monde.
 
Dans ces conditions que convient-il de faire ou de proposer ?
 
A vrai dire, la question du partage des richesses est au centre du débat mondial. Il suffit pour cela de se reporter aux nombreux mouvements associatifs, sans que nous portions à ce sujet le moindre jugement de valeur, qui se sont illustrés notamment en proposant au forum de DAVOS un contre forum à PORTO ALLEGRE (celui des alter mondialistes).
 
 
Penser et fonctionner autrement, une réforme en profondeur du FMI et de la Banque Mondiale:
 
Il est primordial de rapprocher les centres de décisions que sont le FMI et la Banque mondiale des pays concernés par les mesures que ces institutions entendent faire appliquer. Les projets de développement ou de sauvetage doivent être pris en parfaite connaissance des particularismes économiques, sociaux et culturels.
 
Il n’existe pas de solution unique et miraculeuse, un projet ne vaut que s’il est partagé par tous. Il doit donc être le fruit d’une parfaite concertation avec les acteurs « locaux ». Comme l’affirme, Joseph STIGLITZ, il est impensable que « pour toutes les missions du FMI concernant des pays en voie de développement, rien n’oblige les gens à la tête de l’organisation à avoir la moindre expérience préalable de ces pays ».
 
De manière plus pragmatique, que penseriez vous d’un banquier qui accepte de vous prêter de l’argent pour faire l’acquisition d’un véhicule mais qui vous impose la marque, le modèle, le type de voiture sans vous demander l’utilisation que vous souhaitez en faire et votre style de conduite ?
 
Pour appuyer ces réflexions, il convient de rappeler au sujet de la crise économique traversée par l’Asie, que ce sont les pays qui n’ont pas appliqué les conseils du FMI qui s’en sortent le mieux comme la Chine (sans autres considérations), la Malaisie contrairement à la Corée, l’Indonésie et la Thaïlande. Les effets des programmes d’aides du FMI mis en place pour ces derniers se sont avérés catastrophiques. Après les avoir engagé dans des programmes de vastes dépenses, le FMI leur demande à présent de pratiquer l’austérité budgétaire avec toutes ses conséquences.
 
 
Nous retrouvons les mêmes phénomènes en Amérique du sud avec la situation critique que traverse l’Argentine.
 
Un deuxième axe de réforme consisterait à responsabiliser les décideurs économiques du FMI et de la Banque Mondiale en mettant en place un système de sanction et davantage de transparence quant à la prise des décisions et leur évaluation. Les gouverneurs de ces institutions et les équipes qu’ils dirigent ne peuvent être de la caste des « intouchables ».
 
Dans le même ordre d’idée, il conviendrait de modifier en profondeur les critères d’évaluation des programmes mis en œuvre. Aujourd’hui, prévalent les notions de taux de croissance, d’équilibres budgétaires, d’inflation qui amènent, de manière plus générale, à une appréciation exclusivement basée sur des critères d’ordre monétaire.
 
Il est grand temps d’avoir une vision plus globale pour apprécier l’efficience des politiques du FMI en introduisant des considérations sociales, des mesures d ‘impact sur la pauvreté, sur le chômage…
 
A titre d’illustration de ces propos et de simple exemple, un rapport des Nations Unies (2001) portant sur le développement humain dans 17 pays fortement industrialisés, a apporté quelques chiffres complémentaires à l'analyse trop restrictives des seuls taux de croissance comme gage de réussite économique : 19.1% de la population américaine vit au-dessous du seuil de pauvreté monétaire, ce qui constitue le plus fort taux observé de l'étude, vient ensuite la Grande-Bretagne avec 13.5% contre seulement 7.5% en France.
 
Toutes ces données pour signifier que le plus important n'est pas l'apparence, le niveau de croissance économique mais bien le fond c'est à dire la manière dont elle est répartie entre les différentes composantes de la société.
 
Le troisième axe repose sur une démocratisation du fonctionnement du FMI et de la Banque Mondiale. Le déséquilibre du pouvoir est trop manifeste au sein de ces institutions, le simple fait d’adhérer via une démarche volontaire au FMI, ne confère pas un droit de vote à part entière et égalitaire, celui-ci étant lié à la puissance économique des pays membres. Les USA possèdent à eux seuls 17% du pouvoir de vote, l’Allemagne 6%, le Royaume Uni 5%.
 
Le rapport des Nations Unies sur le développement humain dans son édition 2002 précise à ce sujet : « Aujourd’hui le FMI et la Banque Mondiale ne prêtent qu’aux pays émergents et en voie de développement. De plus, leurs prêts sont soumis à des conditions qui affectent de plus en plus les politiques locales des Etats. Il en résulte que les pays créanciers jouissent d’un pouvoir de décision accru et qu’ils utilisent pour durcir leurs exigences sur les pays endettés, ces derniers subissant des conditions imposées par l’extérieur et hors de leur contrôle. ».
 
Il est donc primordial d’établir un partage plus équitable du pouvoir de décision en attribuant aux pays emprunteurs davantage de poids et/ou de marge de manœuvre dans l’élaboration des actions qui les concernent directement.
 
Il est à espérer que l’avènement d’une Europe politique puisse y contribuer. Cela ne pourra se faire qu’à condition de se donner comme objectif d’être notamment un véritable contre pouvoir et une force modératrice au sein des nations développées dans les débats mondiaux : un fabuleux destin en soi !!!
 
En conclusion, il apparaît une certaine similitude entre les attentes des citoyens dans la pratique de la politique dans nos démocraties modernes et celles qui sont susceptibles de réformer et modifier les règles du partage des richesses à l’échelle mondiale : proximité des centres de décisions, responsabilisation des décideurs, évaluation continue et efficiente des politiques, renforcement des formes d’expression démocratiques.
 
Emmanuel MEYZA
 
 
Par Emmanuel MEYZA - Publié dans : Témoignages
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Mardi 12 février 2008 2 12 /02 /2008 22:03
undefined A l’heure de la nouvelle crise financière que nous traversons, je vous invite à revenir sur les promesses… puis l’implosion de la « nouvelle économie » en vous proposant un essai écrit le 30/03/2001 intitulé :
 
 
 
La nouvelle économie, triomphe
de l'actionnariat individuel :
Mirage ou réalité ?
 
 
Renault, Peugeot... Michelin, Danone aujourd’hui et tant d'autres annoncent des bénéfices mirobolants, des milliards de francs, les fusions-acquisitions sont devenues monnaie courante...
 
Après quelques semaines, parfois quelques jours, ces annonces sont suivies de plans sociaux, licenciements à la clef, avec pour répercussion une flambée de la cotation boursière de ces entreprises à la grande joie des actionnaires.
 
Des émissions de télévision, des sites Internet en cascade viennent nous vanter les mérites de la spéculation boursière.
 
Nous sommes abreuvés de mots à la mode " stock-option ", " start-up " petites entreprises miracle et l'on nous parle d'une nouvelle économie.
 
J'ai essayé à travers cet essai d'étudier ce phénomène, d'en comprendre les tenants et les aboutissants ; dans un premier temps sans exercer le moindre esprit critique, reprenant avec neutralité et esprit de synthèse les discours les plus courants des actifs partisans de la nouvelle économie afin d'en dresser les grandes lignes pour ensuite me laisser aller et analyser ce " nouvel esprit d'entreprise ".
 
la nouvelle économie : vers " le meilleur des mondes "
La nouvelle économie est née aux Etats Unis d'Amérique, dans la Silicon Valley sous les effets des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) et dans la droite ligne de la première révolution impulsée par la micro-informatique pour connaître ensuite un développement fulgurant à New York devenu une véritable capitale mondiale de la net économie sous l'appellation de " Silicon Alley ".
 
Pour Kevin KELLY, rédacteur en chef du magazine " Wired ", la nouvelle économie peut se décliner autour de trois grands principes.
§         Elle est " globale " au sens ou elle est accessible dans le monde entier et s'inscrit donc pleinement dans le processus de mondialisation appelé également " globalisation ".
§         Elle est " interconnectée " grâce aux NTIC et plus particulièrement à internet.
§         Elle s'appuie sur la production de biens " immatériels " qu'ils soient intellectuels ou informatifs.
 
Schématiquement analysée sous l'angle du mode de production, la nouvelle économie utilise l'information comme matière première, les progrès et le développement fulgurant des NTIC comme énergie et l'outil internet comme moyen d'acheminement des biens générés. Elle est donc caractérisée par l'introduction de l'outil internet dans l'ensemble des domaines et activités qui font la sphère économique avec pour finalité la mise en contact directe du producteur et du consommateur mais également des producteurs entre eux permettant une adaptation quasi instantanée entre l'offre et la demande. En d'autres termes, elle allie réactivité, fluidité et réductions des coûts. Elle évoque l'idée du marché parfait développé par les économistes classiques, celui qui permet une concurrence pure et parfaite.
 
Autre vertu, la nouvelle économie ouvrirait également la voie à une croissance économique infinie puisque les nouvelles activités qu'elle tend à développer et les biens immatériels qu'elle produit, ne sont pas soumis à des phénomènes de saturation du marché comme peuvent en connaître par exemple le secteur de l'automobile ou de l'électroménager. Il paraît vraisemblablement impossible que les informations et les productions intellectuelles soient soumises dans l'absolu aux moindres contingences. A ce titre, il avait été prévu que le chiffre d'affaires de la nouvelle économie aux USA pourrait passer de 524 milliards de dollars en 1999 à 850 milliards à la fin de l'année 2000 soit un taux de croissance de 62% déjà observé entre 1998 et 1999.
 
Dernier intérêt et non des moindres, la nouvelle économie développe des services fortement producteurs d'emplois comme l'ont été les industries lourdes nées de la première révolution industrielle. Elle a créé en 1999 aux Etats Unis d'Amérique 650 000 emplois nouveaux et emploie aujourd'hui 2,476 millions de personnes contre 2,405 millions pour le secteur des assurances et 1,2 millions pour les transports aériens. Phénomène nouveau puisque les évolutions techniques de ces dernières années comme la robotique ont plutôt eu l'effet inverse. Ces emplois concernent de nombreux secteurs d'activités, de la fabrication de logiciels aux activités commerciales en passant par des emplois de juristes et d'avocats, bref de manière générique des producteurs et des diffuseurs d'informations, de concepts... finalement peu de limites.
Il semblerait donc que la nouvelle économie réconcilie progrès technique et emploi. Que demander de plus ?
 
Au cœur de la nouvelle économie, découvrez la " start up " que Laurent MAURIAC, journaliste à Libération, définit comme " une entreprise qui démarre en trombe et vise un développement rapide ". Cette nouvelle génération d'entreprise s'appuie sur les NTIC et plus particulièrement sur l'outil Internet.
 
Le principal mode de création et de financement utilisé est le capital risque via des fonds d'investissement comme Europ@web, Galiléo Partners, Viventures, Dassault Développement, CDC ou AXA Innovation... derrière lesquels nous retrouvons de grosses sociétés comme Dassault, Vivendi, la Caisse des Dépôts et Consignations, la Banque Nationale de Paris, le Crédit Agricole, le groupe LVMH, AXA, les AGF, France Télécom...
 
Sans doute, avez-vous entendu parler des " First Tuesday " (premier mardi du mois) organisé à Paris, ni plus ni moins qu'un club d'échange, levier de la nouvelle économie, où les porteurs de projet et capital risqueurs se rencontrent en soirée dans une ambiance convivialement branchée. Les levées de fonds se font le plus souvent au dessus de 10 millions de francs, les plus grosses ont atteint 65 millions de francs pour la création de " Château online " qui propose la vente de vin, 163 millions de francs pour Freesbee fournisseur d'accès et 260 millions de francs pour Selftrade, société de courtage.
 
Ce phénomène tend à s'amplifier en France de manière significative comme l'atteste les chiffres ressortant d'une étude réalisée par Chausson Finance avec le risque de siphonner le capital-risque des entreprises traditionnelles :
§         Sur le premier semestre 1999, 23 fonds d'investissements ont apporté 872 millions de francs pour la création de 129 start up contre 675 millions et 111 start up en 1998,
§         La moyenne en apport des captital risqueurs est ainsi passée d'un peu moins de 34 millions à prés de 40 millions.
 
Les grandes tendances observées au niveau de la création permettent d'illustrer plus concrètement les activités développées par les " start up " :
§         Des sites de commerce proposant du courtage (Boursedirect.com, Selftrade.com...), des ventes classiques de biens (château online, CD&Co.com, Marcopoly.com...), des enchères (Ibazar.com, Epublik.com...), des achats groupés permettant virtuellement aux internautes de regrouper leurs intentions d'achat pour influer sur les prix (Akabi.com...),
§         des sites " tribu " (Kazibao.com pour les ados, Alafolie.com pour les futurs mariés...), des portails thématiques (Focusimaging.com ou SurgeonLine.com pour les professions médicales...) ou généralistes (multimania.com, I-France.com ou Nomade.com), qui globalement visent une communauté virtuelle ou un groupe particulier d'individus par l'offre de services adéquate,
§         Des sites offrant des services informatiques notamment pour améliorer l'utilisation et la performance d'Internet : logiciels aux entreprises, système de paiement sécurisé, sécurité intra et extra net, téléconférence, solutions Internet...
 
Peut-on cependant rationnellement parler de nouvelle économie qui sous-entend qu'il existerait une ancienne économie avec d'anciens mécanismes de fonctionnement ? N'y a-t-il pas plus simplement, de la machine à vapeur à Internet, une évolution inéluctable de l'économie animée par la force de rationalisation ?
En effet, du fait de la concurrence inter capitaliste, le système économique se trouve en constante évolution, motivée par la recherche constante de productivité couplée au progrès technique que l'on peut résumer par le terme de " force de rationalisation ".
 
Cette évolution se caractérise à chaque période par une gamme d'innovations, une organisation du travail et une série d’activités en essor :
§         Aux 18ème et 19ème siécles la dynamique « charbon-vapeur », le principe de la division du travail (décomposition d’une production en opérations élémentaires et répétitives) d’Adam SMITH, l’essor des industries du textile, de la métallurgie, de la sidérurgie,
§         De la fin du 19ème jusqu’aux années 1970, l’énergie électrique, les hydrocarbures et la chimie, la mécanique, le taylorisme (travail décomposé en gestes élémentaires chronométrés) puis le Fordisme avec le principe de la chaîne continue (« les temps modernes » de Charlie CHAPLIN »), le développement de l’automobile, de l’aviation, de la traction ferroviaire électrique, de l’industrie chimique et de la pétrochimie,
§         Fin des années 1970 jusqu'aux années 1980, l'électronique, le nucléaire, la cybernétique, l'automatisation grandissante du travail dans l'industrie (le robot remplace de plus en plus l'homme sur la chaîne du travail, le boom de l'informatique, de la télématique, de la robotique et croissance des activités de services.
 
L'évolution du progrès technique s'est traduite au cours des deux premières grandes phases d'innovation par le développement successif d'industries lourdes nécessitant une main d'œuvre importante et génératrices d'emplois nouveaux.
 
La nature du progrès technique s'est ensuite affinée et a conduit à une modernisation considérable des industries grâce à l'automatisation qui tend à remplacer l'homme dans de fortes proportions sur les chaînes de travail.   
La croissance des activités de services a longtemps permis d'absorber ces surplus de main d'œuvre.
Les prolongements de la troisième révolution technique avec la "micro-électronique" et ses nombreuses implications dans les activités tertiaires sont venues briser cette dynamique : En effet, les premiers effets du progrès technique se font sentir de manière conséquente avec le développement de la Bureautique (applications de la cybernétique) qui permet d'automatiser le travail des employés dans ce secteur longtemps épargné.
 
Le terme de nouvelle économie semble donc relever d'un pur effet de style. Il semble plus approprié de parler de l'émergence d'un nouveau secteur d'activité que nous pourrions appeler avec un même sens médiatique de " net économie ", généré par une nouvelle vague d'innovation, secteur d'activité à part entière avec ses réalisations et son propre développement mais également secteur ayant des effets non négligeables sur les activités plus traditionnelles ou dites réelles jouant ainsi le rôle de nouveau moteur de l'économie.
 
Générateur d'une croissance infinie, stimulateur de l'économie réelle, réducteur de coûts, vecteur de fluidité, d'indépendance et d'autonomie des décisions du citoyen, la net économie et ses liens étroits avec les activités traditionnelles seraient-ils en train de bâtir le meilleur des mondes à l'image de la publicité télévisuelle de Liberty surf. Lénine, Zapata, Chegévara ... en admiration devant la planète terre ... . " ils ont osé remettre ça ... la révolution... l’accès libre au savoir, au commerce… et c’est gratuit… Quel est leur leader ?".
 
Vers la fracture numérique :
Si la net économie est effectivement accessible dans le monde entier, cela ne signifie pas pour autant qu'elle est accessible à tous.
 
Quelques chiffres suffisent pour démonter le caractère quelque peu exclusif de ce phénomène : 304 millions d'internautes dans le monde pour 5982 millions d'habitants soit 5% de la population mondiale, 6 millions en France pour une population totale de 59 millions soit une proportion d'un peu plus de 10%.
 
Mais au-delà de ce ratio d'équipements pour lequel on promet et je ne le conteste pas, une croissance exponentielle similaire sans doute à l'utilisation du téléphone, il s'agit avant tout d'avoir ou d'assimiler la culture du net, de disposer ou d'acquérir une compétence technique particulière, d'avoir la capacité d'utiliser ce réseau pour ouvrir le caverne d' " Ali Baba " et bénéficier d'une autonomie en matière de travail, de gestion de l'épargne, de consommation... Mais nous y reviendrons plus tard, prenez garde aux quarante voleurs !
 
Dans les faits, loin d'être accessible à tous, la net économie qui vante les mérites d'un capitalisme décentralisé, tend à renforcer les inégalités existantes de manière flagrante et à diviser notre société déjà répartie par une inadéquation entre la valeur travail et le système productif en trois groupes :
§         Les travailleurs stables et permanents,
§         les intermittents à la situation incertaine et fluctuante ,
§         les exclus du marché du travail.
 
Après la fracture " sociale " caractérisée par une société à trois vitesses, voici venue l'heure de la fracture " numérique " qui creuse de manière encore plus significative un fossé entre les populations capables de se former et de s'adapter en permanence aux exigences du marché du travail et les autres.
 
En d'autres termes et comme l'exprime le sociologue américain Manuel CASTELLS, gourou de le nouvelle économie : " D'un coté, il y a des gens qui ont un capital personnel, culturel, un niveau d'éducation. Ils ont la faculté de gagner de l'argent. Et ensuite, ils ont l'aptitude technique, culturelle pour l'investir. De l'autre, ceux qui ne disposent pas de cette compétence se trouvent en dehors du jeu ". Il poursuit en distinguant schématiquement deux segments de population à savoir " ceux qui sont payés en salaires et ceux qui sont payés en stock-options ; ceux qui investissent par eux-mêmes, par le réseau, et ceux qui vont à la banque. ".
 
Profondément inégalitaire, nous voilà déjà loin du marché parfait et d'un capitalisme individualisé et décentralisé, c'est à dire accessible à tous.
Le miracle des stock options !
La nouvelle économie tend à introduire un nouveau mode de rémunération complémentaire ou substitut du revenu salarial : les " stock-options " qui correspondent à des parts optionelles du capital de l'entreprise distribuées au personnel suivant des conditions avantageuses et qui peuvent être lévées après un certain laps de temps et suivant certaines conditions.
 
Un exemple concret permettra de mieux comprendre ce système : l'entreprise propose à ses salariés des actions d'une valeur nominale de 100 francs à un prix de 80 francs. Le salarié acquière un droit sur une quantité d'actions suivant une grille de répartition définie par l'organe dirigeant de l'entreprise. Il pourra après un délais de cinq ans en France ( une année aux Etats Unis), lever l'option, acheter effectivement ces actions et bénéficier des éventuelles plus values (notamment sur les augmentations des cours) sans être soumis à l'impôt sur cette transaction.
 
Cette tendance gagne l'économie réelle et renforce l'idée d'un " capitalisme individualisé et décentralisé ", un capitalisme pour tous. De nombreuse entreprises ou groupes ont en effet mis en place de telle démarche participative : Bouygues, Alcatel, Vivendi...
 
Voici donc venu le temps du revenu spéculé qui consiste à accepter comme salaire une promesse de partage des plus values boursières à venir de l'entreprise !
 
A ce sujet, on peut raisonnablement penser que l'ensemble de la croissance américaine de l'ordre de 5.5% ces dernières années, qui a fait l'admiration des économistes libéraux de tout pays, repose sur cette éternelle spéculation qui conduit les ménages américains à emprunter pour maintenir leurs revenus et anticiper leurs éventuels gains en bourse. Ils consacrent 40% de leur épargne à la bourse, 1 ménage sur 2 possède des actions soit 78.7 millions de personnes.
Un seul grain de sable dans la machine et toute la mécanique s'effondre. Dans l'immédiat, n'oublions pas non plus de mettre en parallèle à cette impression de bonne santé économique la montée croissante des phénomènes de paupérisation, des détresses humaines et l'apparition des " Woorking poors ".
 
Un récent rapport des Nations Unies portant sur le développement humain dans 17 pays fortement industrialisés, a apporté quelques chiffes complémentaires à l'analyse trop restrictives des seuls taux de croissance comme gage de réussite économique : 19.1% de la population américaine vit au-dessous du seuil de pauvreté monétaire, ce qui constitue le plus fort taux observé de l'étude, vient ensuite la Grande-Bretagne avec 13.5% contre seulement 7.5% en France.
 
Toutes ces données pour signifier que le plus important n'est pas l'apparence, le niveau de croissance économique mais bien le fond c'est à dire la manière dont elle est répartie entre les différentes composantes de la société.
 
Mais revenons après cette légère digression à nos stock options.
 
En apparence, ce système semble être des plus surs, puisque dans le pire des cas, c'est à dire une valeur de l'action inférieure au prix d'achat de l'option (80 francs), le salarié renonce tout simplement à lever l'option et n'enregistre aucune perte financière. C'est oublier que les stock options sont présentés comme une partie intégrante du revenu à la seule différence qu'elle est disponible à long terme, qu'elle n'est pas garantie et qu'elle constitue dans notre cas une perte sèche, un manque à gagner en terme de salaires.
 
Dans les faits, les stock options, si elles permettent aux salariés et à l'entreprise d'échapper à l'impôt, aux charges salariales, contribuent tout particulièrement à geler et à faire baisser les niveaux de rémunération contre un revenu virtuel liés à des phénomènes de spéculation boursière et des promesses des profit éventuels de l'entreprise.
 
Pourrions-nous donc devenir tous actionnaires donc capitalistes ?
 
Les stock options introduisent l’idée du partage des risques entre capitalistes et salariés en échange d’un partage des profits. Cependant, une étude des plans de répartition des options, met en évidence une clé de rétribution biaisée dans la grande majorité des sociétés. Ainsi chez Alcatel, les plus hauts dirigeants ont reçu 10000 options, 500 pour les plus bas, la moyenne montre un décalage plus frappant encore entre les dirigeants et les salariés de « bas étage » à savoir 1000 pour les premiers et 3 options pour les derniers. Chez L’Oréal, 9 dirigeants se sont octroyés 27,4% des options… Les exemples ne manquent pas : AXA, Vivendi, Paribas en France… En Espagne, 100 personnes se répartissent 270 milliards de dollars de stock options chez Téléfonica ! ! !
 
Start-up, née pour spéculer :
Il nous reste en dernier lieu à analyser et à comprendre l’esprit originel et ultime qui guide la vie d’une start-up et qui anime créateur et investisseurs. Il est clair au regard des secteurs développés dans le cadre de la net-économie, principalement liés à la diffusion d’information, que rares et le mot est faible, sont les start-up qui sont ou seront capables de créer de la valeur, au sens financier du terme, et de générer des profits sonnants et trébuchants, par leur propre et seule activité. Les seuls résultats affichés sont le nombre de connexions ou de sessions.
 
L’essentiel des fonds levés à leur création est destiné principalement à développer une politique marketing démesurée, véritable fin en soi en apparence, en quelque sorte paraître avant d’être et à n’importe quel prix… Nous voilà bien loin de la motivation initiale d’une entreprise… L’enjeu est de taille, il s’agit avant tout, par ce doux et mélodieux chant des sirènes, de s’attirer les faveurs des marchés financiers.
 
En effet, à défaut de créer de la valeur, il ne reste aux start-up pour se refinancer qu’à être rachetées (Alapage.com par Wanadoo, ou Multimania) ou à inscrire leur évolution dans une logique spéculative et à viser un objectif ultime, connu de longue date : « Entrer en bourse ».
 
Cette entrée en bourse permettra aux leveurs de fonds, en tranférant la charge et le risque sur les petits actionnaires sous l’emprise d’une fièvre médiatique et acheteuse, de se rembourser en encaissant au passage des plus values non négligeables. Comme l’a écrit en février 2000 un journaliste pamphlétaire sous le pseudonyme de Arno sur son site web « le Scarabée », je cite : « le capital risque n’investit pas pour qu’une entreprise lui verse des dividendes mais pour rembourser sur la première capitalisation en bourse de cette entreprise. Le but n’est pas la rentabilité, mais son achat in fine par le marché ».
 
Mais qui succèdera dans cette même logique aux petits actionnaires, à moins qu’ils ne soient les grands perdants et le dernier maillon de cette horrible  chaîne spéculative, les derniers payeurs ?
 
Conclusions :
Défiant les règles du modèle capitaliste et plus particulièrement celles de l’actionnariat traditionnel, les marchés ont fini par enclencher ; la passion ayant vécu ; un processus de régulation venant tempérer une fièvre spéculative qui s’est concrétisée par des mini krachs boursier sur les valeurs de la dite « nouvelle économie ».
 
En Mars et Avril 2000, des valeurs culte comme Equant ou Liberty surf ont enregistré des chutes de cotations vertigineuses, venant échauder analystes et gestionnaires de portefeuilles. A titre d’exemple, ils étaient 72% en Février 2000 à se dire prêts à « jouer » sur les valeurs des NTIC, ils n’étaient plus que 58% au mois de mai.
 
Plus récemment, Amazon.com, symbole de la nouvelle économie, prévoyait plus de 1200 licenciements et voyait sa cotation boursière dégringoler, sans compter qu’elle n’affiche toujours aucun bénéfice depuis sa création.
 
Véritable réajustement, les investisseurs ont commencé à remettre pied à terre et à rationaliser leurs choix par une approche redevenue un tant soit peu plus pragmatique, s ‘efforçant de différencier les entreprises ayant pour seule finalité une capitalisation boursière ou un rachat spéculatif et celles bâtissant de réelles stratégies visant à générer valeur et profits in fine.
 
L’expérience de la net-économie a mis bien à mal les promesses de l’épargne salariale, des stock options et tutti quanti. Le petit actionnaire semble bien perdu, bien seul dans cette spirale spéculative dont la logique lui échappe, tant elle est maîtrisée par une minorité, et le conduit de manière générale à être le dernier maillon d’une chaîne financière intraitable. 
 
Il ne faut cependant en aucun cas, bouder l’apport indéniable des NTIC et de la net-économie sur l’économie dite réelle : interactivité, fluidité, rapidité de communication contribuant à l’amélioration générale de la diffusion de l’information, clé de la stratégie d’une entreprise. Au delà de ces plus values générales liées à des améliorations de productivité, la net-économie est venue offrir de nouvelles perspectives et renforcer le poids de certaines entreprises de l’économie réelle par l’apport de marchés complémentaires. C’est notamment l’exemple de la FNAC qui complétant son réseau de magasins, a développé une boutique virtuelle via un site Internet et génère un chiffre d’affaires supplémentaire en drainant des marchés jusqu’alors isolés des grandes métropoles.
 
Cette dernière modération ne doit cependant pas m’empêcher de lancer une mise en garde de manière générale sur tout processus qui conduit à privilégier l’argent au service de l’argent au détriment de la création de la valeur, fruit éternel du travail de l’homme.
 
Emmanuel MEYZA
30/03/2001
 
Par Emmanuel MEYZA - Publié dans : Témoignages
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