Mardi 12 février 2008
A l’heure de
la nouvelle crise financière que nous traversons, je vous invite à revenir sur les promesses… puis l’implosion de la « nouvelle économie » en vous proposant un essai écrit le 30/03/2001
intitulé :
La nouvelle économie, triomphe
de l'actionnariat individuel :
Mirage ou réalité ?
Renault, Peugeot... Michelin, Danone aujourd’hui et tant d'autres annoncent des bénéfices mirobolants, des milliards de francs, les fusions-acquisitions sont devenues monnaie
courante...
Après quelques semaines, parfois quelques jours, ces annonces sont suivies de plans sociaux, licenciements à la clef, avec pour répercussion une flambée de la
cotation boursière de ces entreprises à la grande joie des actionnaires.
Des émissions de télévision, des sites Internet en cascade viennent nous vanter les mérites de la spéculation boursière.
Nous sommes abreuvés de mots à la mode " stock-option ", " start-up " petites entreprises miracle et l'on nous parle d'une nouvelle économie.
J'ai essayé à travers cet essai d'étudier ce phénomène, d'en comprendre les tenants et les aboutissants ; dans un premier temps sans exercer le moindre esprit
critique, reprenant avec neutralité et esprit de synthèse les discours les plus courants des actifs partisans de la nouvelle économie afin d'en dresser les grandes lignes pour ensuite me
laisser aller et analyser ce " nouvel esprit d'entreprise ".
la nouvelle économie : vers " le meilleur des mondes "
La nouvelle économie est née aux Etats Unis d'Amérique, dans la Silicon Valley sous les effets des nouvelles technologies de l'information et de la communication
(NTIC) et dans la droite ligne de la première révolution impulsée par la micro-informatique pour connaître ensuite un développement fulgurant à New York devenu une véritable capitale
mondiale de la net économie sous l'appellation de " Silicon Alley ".
Pour Kevin KELLY, rédacteur en chef du magazine " Wired ", la nouvelle économie peut se décliner autour de trois grands principes.
§ Elle est "
globale " au sens ou elle est accessible dans le monde entier et s'inscrit donc pleinement dans le processus de mondialisation appelé également " globalisation ".
§ Elle est "
interconnectée " grâce aux NTIC et plus particulièrement à internet.
§ Elle s'appuie sur la
production de biens " immatériels " qu'ils soient intellectuels ou informatifs.
Schématiquement analysée sous l'angle du mode de production, la nouvelle économie utilise l'information comme matière première, les progrès et le développement
fulgurant des NTIC comme énergie et l'outil internet comme moyen d'acheminement des biens générés. Elle est donc caractérisée par l'introduction de l'outil internet dans l'ensemble des
domaines et activités qui font la sphère économique avec pour finalité la mise en contact directe du producteur et du consommateur mais également des producteurs entre eux permettant une
adaptation quasi instantanée entre l'offre et la demande. En d'autres termes, elle allie réactivité, fluidité et réductions des coûts. Elle évoque l'idée du marché
parfait développé par les économistes classiques, celui qui permet une concurrence pure et parfaite.
Autre vertu, la nouvelle économie ouvrirait également la voie à une croissance économique infinie puisque les nouvelles
activités qu'elle tend à développer et les biens immatériels qu'elle produit, ne sont pas soumis à des phénomènes de saturation du marché comme peuvent en connaître par exemple le secteur de
l'automobile ou de l'électroménager. Il paraît vraisemblablement impossible que les informations et les productions intellectuelles soient soumises dans l'absolu aux moindres contingences. A ce
titre, il avait été prévu que le chiffre d'affaires de la nouvelle économie aux USA pourrait passer de 524 milliards de dollars en 1999 à 850 milliards à la fin de l'année 2000 soit un taux de
croissance de 62% déjà observé entre 1998 et 1999.
Dernier intérêt et non des moindres, la nouvelle économie développe des services fortement producteurs d'emplois comme l'ont été les industries
lourdes nées de la première révolution industrielle. Elle a créé en 1999 aux Etats Unis d'Amérique 650 000 emplois nouveaux et emploie aujourd'hui 2,476 millions de personnes contre 2,405
millions pour le secteur des assurances et 1,2 millions pour les transports aériens. Phénomène nouveau puisque les évolutions techniques de ces dernières années comme la robotique ont plutôt
eu l'effet inverse. Ces emplois concernent de nombreux secteurs d'activités, de la fabrication de logiciels aux activités commerciales en passant par des emplois de juristes et d'avocats, bref de
manière générique des producteurs et des diffuseurs d'informations, de concepts... finalement peu de limites.
Il semblerait donc que la nouvelle économie réconcilie progrès technique et emploi. Que demander de plus ?
Au cœur de la nouvelle économie, découvrez la " start up " que Laurent MAURIAC, journaliste à Libération, définit comme " une entreprise qui démarre en trombe et
vise un développement rapide ". Cette nouvelle génération d'entreprise s'appuie sur les NTIC et plus particulièrement sur l'outil Internet.
Le principal mode de création et de financement utilisé est le capital risque via des fonds d'investissement comme Europ@web, Galiléo Partners, Viventures, Dassault Développement, CDC ou AXA Innovation... derrière lesquels nous retrouvons de grosses sociétés comme Dassault,
Vivendi, la Caisse des Dépôts et Consignations, la Banque Nationale de Paris, le Crédit Agricole, le groupe LVMH, AXA, les AGF, France Télécom...
Sans doute, avez-vous entendu parler des " First Tuesday " (premier mardi du mois) organisé à Paris, ni plus ni moins qu'un club d'échange, levier de la nouvelle
économie, où les porteurs de projet et capital risqueurs se rencontrent en soirée dans une ambiance convivialement branchée. Les levées de fonds se font le plus souvent au dessus de 10
millions de francs, les plus grosses ont atteint 65 millions de francs pour la création de " Château online " qui propose la vente de vin, 163 millions de francs pour Freesbee fournisseur d'accès
et 260 millions de francs pour Selftrade, société de courtage.
Ce phénomène tend à s'amplifier en France de manière significative comme l'atteste les chiffres ressortant d'une étude réalisée par Chausson Finance avec le risque
de siphonner le capital-risque des entreprises traditionnelles :
§ Sur le premier semestre 1999,
23 fonds d'investissements ont apporté 872 millions de francs pour la création de 129 start up contre 675 millions et 111 start up en 1998,
§ La moyenne en apport des
captital risqueurs est ainsi passée d'un peu moins de 34 millions à prés de 40 millions.
Les grandes tendances observées au niveau de la création permettent d'illustrer plus concrètement les activités développées par les " start up " :
§ Des sites de commerce
proposant du courtage (Boursedirect.com, Selftrade.com...), des ventes classiques de biens (château online, CD&Co.com, Marcopoly.com...), des enchères (Ibazar.com, Epublik.com...), des achats
groupés permettant virtuellement aux internautes de regrouper leurs intentions d'achat pour influer sur les prix (Akabi.com...),
§ des sites " tribu "
(Kazibao.com pour les ados, Alafolie.com pour les futurs mariés...), des portails thématiques (Focusimaging.com ou SurgeonLine.com pour les professions médicales...) ou généralistes
(multimania.com, I-France.com ou Nomade.com), qui globalement visent une communauté virtuelle ou un groupe particulier d'individus par l'offre de services adéquate,
§ Des sites offrant des
services informatiques notamment pour améliorer l'utilisation et la performance d'Internet : logiciels aux entreprises, système de paiement sécurisé, sécurité intra et extra net, téléconférence,
solutions Internet...
Peut-on cependant rationnellement parler de nouvelle économie qui sous-entend qu'il existerait une ancienne économie avec d'anciens mécanismes de fonctionnement ?
N'y a-t-il pas plus simplement, de la machine à vapeur à Internet, une évolution inéluctable de l'économie animée par la force de rationalisation ?
En effet, du fait de la concurrence inter capitaliste, le système économique se trouve en constante évolution, motivée par la recherche constante de productivité
couplée au progrès technique que l'on peut résumer par le terme de " force de rationalisation ".
Cette évolution se caractérise à chaque période par une gamme d'innovations, une organisation du travail et une série d’activités en essor :
§ Aux 18ème et
19ème siécles la dynamique « charbon-vapeur », le principe de la division du travail (décomposition d’une production en opérations élémentaires et répétitives) d’Adam SMITH,
l’essor des industries du textile, de la métallurgie, de la sidérurgie,
§ De la fin du 19ème
jusqu’aux années 1970, l’énergie électrique, les hydrocarbures et la chimie, la mécanique, le taylorisme (travail décomposé en gestes élémentaires chronométrés) puis le Fordisme avec le principe
de la chaîne continue (« les temps modernes » de Charlie CHAPLIN »), le développement de l’automobile, de l’aviation, de la traction ferroviaire électrique, de l’industrie chimique
et de la pétrochimie,
§ Fin des années 1970 jusqu'aux
années 1980, l'électronique, le nucléaire, la cybernétique, l'automatisation grandissante du travail dans l'industrie (le robot remplace de plus en plus l'homme sur la chaîne du travail, le
boom de l'informatique, de la télématique, de la robotique et croissance des activités de services.
L'évolution du progrès technique s'est traduite au cours des deux premières grandes phases d'innovation par le développement successif d'industries lourdes
nécessitant une main d'œuvre importante et génératrices d'emplois nouveaux.
La nature du progrès technique s'est ensuite affinée et a conduit à une modernisation considérable des industries grâce à l'automatisation qui tend à remplacer
l'homme dans de fortes proportions sur les chaînes de travail.
La croissance des activités de services a longtemps permis d'absorber ces surplus de main d'œuvre.
Les prolongements de la troisième révolution technique avec la "micro-électronique" et ses nombreuses implications dans les activités tertiaires sont venues briser
cette dynamique : En effet, les premiers effets du progrès technique se font sentir de manière conséquente avec le développement de la Bureautique (applications de la cybernétique) qui permet
d'automatiser le travail des employés dans ce secteur longtemps épargné.
Le terme de nouvelle économie semble donc relever d'un pur effet de style. Il semble plus approprié de parler de l'émergence d'un
nouveau secteur d'activité que nous pourrions appeler avec un même sens médiatique de " net économie ", généré par une nouvelle vague d'innovation, secteur d'activité à part
entière avec ses réalisations et son propre développement mais également secteur ayant des effets non négligeables sur les activités plus traditionnelles ou dites réelles
jouant ainsi le rôle de nouveau moteur de l'économie.
Générateur d'une croissance infinie, stimulateur de l'économie réelle, réducteur de coûts, vecteur de fluidité, d'indépendance et d'autonomie des décisions du
citoyen, la net économie et ses liens étroits avec les activités traditionnelles seraient-ils en train de bâtir le meilleur des mondes à l'image de la publicité télévisuelle de
Liberty surf. Lénine, Zapata, Chegévara ... en admiration devant la planète terre ... . " ils ont osé remettre ça ... la révolution... l’accès libre au savoir, au commerce… et c’est gratuit… Quel
est leur leader ?".
Vers la fracture numérique :
Si la net économie est effectivement accessible dans le monde entier, cela ne signifie pas pour autant qu'elle est accessible à tous.
Quelques chiffres suffisent pour démonter le caractère quelque peu exclusif de ce phénomène : 304 millions d'internautes dans le monde pour 5982 millions d'habitants
soit 5% de la population mondiale, 6 millions en France pour une population totale de 59 millions soit une proportion d'un peu plus de 10%.
Mais au-delà de ce ratio d'équipements pour lequel on promet et je ne le conteste pas, une croissance exponentielle similaire sans doute à l'utilisation du
téléphone, il s'agit avant tout d'avoir ou d'assimiler la culture du net, de disposer ou d'acquérir une compétence technique particulière, d'avoir la capacité d'utiliser ce réseau pour
ouvrir le caverne d' " Ali Baba " et bénéficier d'une autonomie en matière de travail, de gestion de l'épargne, de consommation... Mais nous y reviendrons plus tard, prenez garde aux
quarante voleurs !
Dans les faits, loin d'être accessible à tous, la net économie qui vante les mérites d'un capitalisme décentralisé, tend à renforcer les inégalités existantes de
manière flagrante et à diviser notre société déjà répartie par une inadéquation entre la valeur travail et le système productif en trois groupes :
§ Les travailleurs stables et
permanents,
§ les intermittents à la
situation incertaine et fluctuante ,
§ les exclus du marché du
travail.
Après la fracture " sociale " caractérisée par une société à trois vitesses, voici venue l'heure de la fracture " numérique " qui creuse de manière
encore plus significative un fossé entre les populations capables de se former et de s'adapter en permanence aux exigences du marché du travail et les autres.
En d'autres termes et comme l'exprime le sociologue américain Manuel CASTELLS, gourou de le nouvelle économie : " D'un coté, il y a des gens qui ont un capital
personnel, culturel, un niveau d'éducation. Ils ont la faculté de gagner de l'argent. Et ensuite, ils ont l'aptitude technique, culturelle pour l'investir. De l'autre, ceux qui ne disposent pas
de cette compétence se trouvent en dehors du jeu ". Il poursuit en distinguant schématiquement deux segments de population à savoir " ceux qui sont payés en salaires et ceux qui sont payés en
stock-options ; ceux qui investissent par eux-mêmes, par le réseau, et ceux qui vont à la banque. ".
Profondément inégalitaire, nous voilà déjà loin du marché parfait et d'un capitalisme individualisé et
décentralisé, c'est à dire accessible à tous.
Le miracle des stock options !
La nouvelle économie tend à introduire un nouveau mode de rémunération complémentaire ou substitut du revenu salarial : les " stock-options " qui correspondent à des
parts optionelles du capital de l'entreprise distribuées au personnel suivant des conditions avantageuses et qui peuvent être lévées après un certain laps de temps et suivant certaines
conditions.
Un exemple concret permettra de mieux comprendre ce système : l'entreprise propose à ses salariés des actions d'une valeur nominale de 100 francs à un prix de 80
francs. Le salarié acquière un droit sur une quantité d'actions suivant une grille de répartition définie par l'organe dirigeant de l'entreprise. Il pourra après un délais de cinq ans en France (
une année aux Etats Unis), lever l'option, acheter effectivement ces actions et bénéficier des éventuelles plus values (notamment sur les augmentations des cours) sans être soumis à l'impôt sur
cette transaction.
Cette tendance gagne l'économie réelle et renforce l'idée d'un " capitalisme individualisé et décentralisé ", un capitalisme pour tous. De nombreuse
entreprises ou groupes ont en effet mis en place de telle démarche participative : Bouygues, Alcatel, Vivendi...
Voici donc venu le temps du revenu spéculé qui consiste à accepter comme salaire une promesse de partage des plus values boursières à venir de l'entreprise
!
A ce sujet, on peut raisonnablement penser que l'ensemble de la croissance américaine de l'ordre de 5.5% ces dernières années, qui a fait l'admiration des
économistes libéraux de tout pays, repose sur cette éternelle spéculation qui conduit les ménages américains à emprunter pour maintenir leurs revenus et anticiper leurs éventuels gains en
bourse. Ils consacrent 40% de leur épargne à la bourse, 1 ménage sur 2 possède des actions soit 78.7 millions de personnes.
Un seul grain de sable dans la machine et toute la mécanique s'effondre. Dans l'immédiat, n'oublions pas non plus de mettre en parallèle à cette impression de bonne
santé économique la montée croissante des phénomènes de paupérisation, des détresses humaines et l'apparition des " Woorking poors ".
Un récent rapport des Nations Unies portant sur le développement humain dans 17 pays fortement industrialisés, a apporté quelques chiffes complémentaires à l'analyse
trop restrictives des seuls taux de croissance comme gage de réussite économique : 19.1% de la population américaine vit au-dessous du seuil de pauvreté monétaire, ce qui constitue le plus fort
taux observé de l'étude, vient ensuite la Grande-Bretagne avec 13.5% contre seulement 7.5% en France.
Toutes ces données pour signifier que le plus important n'est pas l'apparence, le niveau de croissance économique mais bien le fond c'est à dire la manière dont
elle est répartie entre les différentes composantes de la société.
Mais revenons après cette légère digression à nos stock options.
En apparence, ce système semble être des plus surs, puisque dans le pire des cas, c'est à dire une valeur de l'action inférieure au prix d'achat de l'option (80
francs), le salarié renonce tout simplement à lever l'option et n'enregistre aucune perte financière. C'est oublier que les stock options sont présentés comme une partie intégrante du revenu à la
seule différence qu'elle est disponible à long terme, qu'elle n'est pas garantie et qu'elle constitue dans notre cas une perte sèche, un manque à gagner en terme de salaires.
Dans les faits, les stock options, si elles permettent aux salariés et à l'entreprise d'échapper à l'impôt, aux charges salariales, contribuent tout particulièrement
à geler et à faire baisser les niveaux de rémunération contre un revenu virtuel liés à des phénomènes de spéculation boursière et des promesses des profit éventuels de l'entreprise.
Pourrions-nous donc devenir tous actionnaires donc capitalistes ?
Les stock options introduisent l’idée du partage des risques entre capitalistes et salariés en échange d’un partage des profits.
Cependant, une étude des plans de répartition des options, met en évidence une clé de rétribution biaisée dans la grande majorité des sociétés. Ainsi chez Alcatel, les plus hauts
dirigeants ont reçu 10000 options, 500 pour les plus bas, la moyenne montre un décalage plus frappant encore entre les dirigeants et les salariés de « bas étage » à savoir 1000 pour les
premiers et 3 options pour les derniers. Chez L’Oréal, 9 dirigeants se sont octroyés 27,4% des options… Les exemples ne manquent pas : AXA, Vivendi, Paribas en France… En Espagne, 100
personnes se répartissent 270 milliards de dollars de stock options chez Téléfonica ! ! !
Start-up, née pour spéculer :
Il nous reste en dernier lieu à analyser et à comprendre l’esprit originel et ultime qui guide la vie d’une start-up et qui anime créateur et investisseurs. Il est
clair au regard des secteurs développés dans le cadre de la net-économie, principalement liés à la diffusion d’information, que rares et le mot est faible, sont les start-up qui sont ou seront
capables de créer de la valeur, au sens financier du terme, et de générer des profits sonnants et trébuchants, par leur propre et seule activité. Les seuls résultats affichés sont le nombre de
connexions ou de sessions.
L’essentiel des fonds levés à leur création est destiné principalement à développer une politique marketing démesurée, véritable fin en soi en apparence, en quelque
sorte paraître avant d’être et à n’importe quel prix… Nous voilà bien loin de la motivation initiale d’une entreprise… L’enjeu est de taille, il s’agit avant tout, par ce doux et mélodieux chant
des sirènes, de s’attirer les faveurs des marchés financiers.
En effet, à défaut de créer de la valeur, il ne reste aux start-up pour se refinancer qu’à être rachetées (Alapage.com par Wanadoo, ou Multimania) ou à inscrire
leur évolution dans une logique spéculative et à viser un objectif ultime, connu de longue date : « Entrer en bourse ».
Cette entrée en bourse permettra aux leveurs de fonds, en tranférant la charge et le risque sur les petits actionnaires sous l’emprise d’une fièvre médiatique et
acheteuse, de se rembourser en encaissant au passage des plus values non négligeables. Comme l’a écrit en février 2000 un journaliste pamphlétaire sous le pseudonyme de Arno sur son
site web « le Scarabée », je cite : « le capital risque n’investit pas pour qu’une entreprise lui verse des dividendes mais pour rembourser sur la première capitalisation
en bourse de cette entreprise. Le but n’est pas la rentabilité, mais son achat in fine par le marché ».
Mais qui succèdera dans cette même logique aux petits actionnaires, à moins qu’ils ne soient les grands perdants et le dernier maillon de cette horrible chaîne
spéculative, les derniers payeurs ?
Conclusions :
Défiant les règles du modèle capitaliste et plus particulièrement celles de l’actionnariat traditionnel, les marchés ont fini par enclencher ; la passion ayant
vécu ; un processus de régulation venant tempérer une fièvre spéculative qui s’est concrétisée par des mini krachs boursier sur les valeurs de la dite « nouvelle économie ».
En Mars et Avril 2000, des valeurs culte comme Equant ou Liberty surf ont enregistré des chutes de cotations vertigineuses, venant échauder analystes et
gestionnaires de portefeuilles. A titre d’exemple, ils étaient 72% en Février 2000 à se dire prêts à « jouer » sur les valeurs des NTIC, ils n’étaient plus que 58% au mois de
mai.
Plus récemment, Amazon.com, symbole de la nouvelle économie, prévoyait plus de 1200 licenciements et voyait sa cotation boursière dégringoler, sans compter qu’elle
n’affiche toujours aucun bénéfice depuis sa création.
Véritable réajustement, les investisseurs ont commencé à remettre pied à terre et à rationaliser leurs choix par une approche redevenue un tant soit peu plus
pragmatique, s ‘efforçant de différencier les entreprises ayant pour seule finalité une capitalisation boursière ou un rachat spéculatif et celles bâtissant de réelles stratégies visant à
générer valeur et profits in fine.
L’expérience de la net-économie a mis bien à mal les promesses de l’épargne salariale, des stock options et tutti quanti. Le petit actionnaire semble bien perdu,
bien seul dans cette spirale spéculative dont la logique lui échappe, tant elle est maîtrisée par une minorité, et le conduit de manière générale à être le dernier maillon d’une chaîne financière
intraitable.
Il ne faut cependant en aucun cas, bouder l’apport indéniable des NTIC et de la net-économie sur l’économie dite réelle : interactivité, fluidité, rapidité de
communication contribuant à l’amélioration générale de la diffusion de l’information, clé de la stratégie d’une entreprise. Au delà de ces plus values générales liées à des améliorations de
productivité, la net-économie est venue offrir de nouvelles perspectives et renforcer le poids de certaines entreprises de l’économie réelle par l’apport de marchés complémentaires. C’est
notamment l’exemple de la FNAC qui complétant son réseau de magasins, a développé une boutique virtuelle via un site Internet et génère un chiffre d’affaires supplémentaire en drainant des
marchés jusqu’alors isolés des grandes métropoles.
Cette dernière modération ne doit cependant pas m’empêcher de lancer une mise en garde de manière générale sur tout processus qui conduit à privilégier l’argent au
service de l’argent au détriment de la création de la valeur, fruit éternel du travail de l’homme.
Emmanuel MEYZA
30/03/2001
par Emmanuel MEYZA
publié dans :
Témoignages
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Avant de lancer un certain nombre de pistes, il m’a semblé primordial de dresser un état des lieux, de rappeler les faits historiques qui ont jeté les bases du partage des richesses à l’échelle mondiale au lendemain de la 2nd guerre mondiale.
Ils inventèrent la liberté
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